CASSAVETES (J.)


CASSAVETES (J.)
CASSAVETES (J.)

CASSAVETES JOHN (1929-1989)

D’origine grecque, John Cassavetes est né le 9 décembre 1929 à New York. Lorsqu’il se lance, en 1957, dans la réalisation de Shadows , c’est un jeune acteur connu à la télévision et à la radio, formé à l’école de l’Actor’s Studio. Sur une trame simple, la forme du film ne naît ni du scénario ni de la mise en scène, mais du libre jeu de l’acteur, de ses mots, de ses gestes comme de ses déplacements, que la caméra ne fait que suivre et enregistrer.

Plutôt qu’un artiste d’avant-garde, Cassavetes se veut indépendant. Une indépendance qu’il conservera toute sa vie en finançant ses propres réalisations avec ses cachets d’acteur qui aura joué dans de nombreuses séries, de Colombo à Johnny Staccato , ainsi que dans des films tels que À bout portant , Les Douze Salopards ou Rosemary’s Baby . Son activité est moins en rupture avec Hollywood que, simplement, off-Hollywood, dans sa marge. Le cinéaste tentera même deux expériences avec les grands studios, souvent décriées mais non dénuées de qualités ni de personnalité: Too Late Blues (La Ballade des sans-espoir , 1961) et A Child Is Waiting (Un enfant attend , 1963). L’échec commercial de ces films l’amène à revenir au sein de sa «famille», composée d’amis, de techniciens et surtout d’acteurs: Ben Gazzara, Peter Falk, Seymour Cassel, et notamment Gena Rowlands, épouse du réalisateur depuis 1954 et qui jouera dans sept de ses douze films.

Cassavetes revient alors aux méthodes de Shadows et tourne son film le plus significatif, Faces (1968). Un relatif succès, critique et public, et une sélectin pour les oscars lui permettent de poursuivre une carrière moins radicalement marginale que ne le prétend une tenace légende. Il réalise en toute indépendance Husbands (1970), Minnie and Moskowitz (Ainsi va l’amour , 1971), A Woman under the Influence (Une femme sous influence , 1975) et The Killing of a Chinese Bookie (Meurtre d’un bookmaker chinois , 1976). L’échec de son dernier film, comme celui d’Opening Night (1978), n’empêche pas la Columbia de lui demander de réaliser Gloria (1980), d’après son propre scénario, dont le succès l’étonne. Love Streams (Torrents d’amour , 1984) sera son dernier film personnel, Big Trouble (1986) n’étant qu’une commande.

Pour Cassavetes, l’improvisation n’est pas un but, mais bien le moyen le plus efficace d’atteindre au maximum d’intensité émotionnelle. Le corps de l’acteur est au centre de son dispositif. La caméra cerne au plus près, au point de donner parfois l’impression de les toucher plus que les regarder, les corps, les visages, les réactions physiques les plus minimes comme les plus violentes. Le cinéaste pousse à l’extrême ce pouvoir fondamental du cinéma d’atteindre l’intimité des individus par l’extérieur. L’émotion qui lézarde la façade sociale est son sujet de prédilection. Celle-ci ne s’exprime jamais mieux que dans des situations extrêmes, des états de crise où le corps se tord ou bascule, tout près de perdre son équilibre et son identité. Aussi les films de Cassavetes sont-ils traversés de situations récurrentes qui mettent l’être en péril: disputes, morts violentes, tentatives de suicide, évanouissements, alcoolisme, pleurs, rires hystériques.

Cet hyperréalisme émotionnel détermine la trame fictionnelle des films de Cassavetes, avec ses figures centrales: le couple, la femme et la famille. Rarement heureux (Ainsi va l’amour ), la plupart des couples cassavetiens — à commencer par celui de Faces — connaissent une crise violente. Ce qui les ronge est moins la disparition du sentiment amoureux que son excès: les personnages de Cassavetes donnent (telle la Sarah de Torrents d’amour ) ou demandent toujours plus d’amour que ne peut en donner ou accepter le partenaire. D’où la beauté et la générosité des personnages féminins, parfois irritants, souvent tragiques et émouvants, en proie à l’incompréhension ou à la frustration, toujours en déséquilibre entre une trop forte intensité émotionnelle et une dépression pouvant déboucher sur la folie. Tiraillée par de tels déchirements, la famille est sans cesse sur le point d’éclater, alors que chacun tente avec plus ou moins de bonheur ou de conviction de la maintenir ou de la reconstituer. Parfois cause de cette déchirure (A Child Is Waiting ) ou d’un péril (Gloria ), l’enfant peut aussi offrir aux adultes un mince espoir de ressaisissement (Une femme sous influence , Torrents d’amour ).

Le souci de capter au plus près des êtres le flux émotionnel qui les déborde, les unit ou les désunit entraîne la caméra de John Cassavetes dans un perpétuel mouvement qui ne saurait se satisfaire du classique champ-contrechamp. Elle saisit au vol les corps et les visages, coince et fait rendre vérité à ces blocs d’énergie blessée en constante fuite en avant, indifférente aux obstacles comme aux variations lumineuses ou aux imperfections techniques. En résulte une image aussi caractéristique qu’un plan de Ford ou d’Ozu. Les formes, parfois à la limite de l’abstraction, semblent à chaque instant sur le point de se dissoudre pour renaître à nouveau. Un film de Cassavetes n’est pas la reproduction d’actes, de situations ou d’idées préexistants: il produit ses propres figures qui ne prennent sens et consistance que dans la durée, le déroulement même du tournage comme de la projection. Rarement le cinéma aura rendu aussi fragile, aléatoire et émouvante la frontière qui sépare la vie de sa représentation.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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